- Created by Fournier Guillemette, Rosemarie, last updated by Van Der Klei, Alice on Mon 30 Mar 2026 5 minute read
Sommaire
D’entrée de jeu, une première question s’impose, tous les travaux sur les femmes ou les genres sont-ils féministes? Pas nécessairement, nous disent Michèle Ollivier et Manon Tremblay (Ollivier et Tremblay, 2000). Selon ces dernières, les recherches féministes poursuivent deux objectifs principaux:
- Participer à un projet intellectuel pluridisciplinaire fondé sur l’analyse des rapports sociaux de sexe ou de genre et pouvant porter sur diverses thématiques (ex. violence, travail, corps, sexualités, cultures, territoires).
- Participer à un projet de changement social visant la transformation, voire l’abolition de ces rapports sociaux de sexe ou de genre à court, moyen et long terme.
À noter que ces objectifs gagnent à être compris à la lumière d’un aspect incontournable des analyses féministes, à savoir la conjugaison des rapports de pouvoir s’articulant autour du genre, de la classe, de la sexualité, des capacités physiques et mentales, de la racialisation, des rapports coloniaux, pour ne nommer que ceux-ci. Qui plus est, les travaux féministes remettent en question des savoirs dits traditionnels et majoritaires en mettant en lumière la pluralité des expériences liées aux différents rapports de pouvoir et aux inégalités qui en découlent.
Les principes méthodologiques féministes orientent la manière de:
- Concevoir, produire ou créer un travail (dissertation, commentaire, etc.).
- Questionner les savoirs existants.
- Analyser les sociétés actuelles ou antérieures.
- Réfléchir à son positionnement et à celui des auteures et auteurs par rapport aux théories, aux thèmes ou au sujet de recherche.
1.1 Quelques notes sur le positionnement situé
Les épistémologies féministes, quoique rassemblant divers courants et traditions philosophiques et épistémologiques, partagent toutes ce «scepticisme par rapport à la possibilité d'une théorie générale de la connaissance qui ne tienne aucunement compte du contexte sociale et du statut des sujets connaissant» (Alcoff, Potter, 1993 cité dans Flores Espinola, 2012, p. 100).
Référence complète: Flores Espínola, Artemisia. (2012). «Subjectivité et connaissance: réflexions sur les épistémologies du "point de vue"», Cahiers du Genre, 53(2), 99-120. https://doi.org/10.3917/cdge.053.0099.
1.1.1 Qu'est-ce que le standpoint ou positionnement situé?
Les travaux des auteurs et autrices féministes sur le standpoint theory, généralement traduit en français par théorie du point de vue ou positionnement situé, ou encore, savoir situé, connaissance située, soulignent qu'il s'agit d'un outil privilégié de la démarche de réflexion et de recherche en études féministes. Ces théories du point de vue renvoient non seulement à la position individuelle (la place que j'occupe lorsque j'observe et je réfléchis), mais aussi au positionnement social du sujet qui pose un regard sur une situation, une problématique ou l'utilisation d'un concept. Par exemple, je pourrais me demander en quoi mes propres conditions sociales, historiques ou mon positionnement personnel influencent le choix de mon sujet d'étude et la façon dont je vais l'analyser, en parler ou en rendre compte. De la même manière, les personnes auteurices et enseignantes sont influencé.es par leur expérience et leur positionnement (p. ex. social, économique, politique, culturel, géographique, etc.). Voir dans le Lexique des termes - Études féministes, le terme / concept: privilège.
1.1.2 Quelques trucs pour mettre en pratique le stand point ou positionnement situé
Mais comment puis-je concrètement mettre en pratique les éléments de la théorie du point de vue dans mes travaux?
- Situer le positionnement des auteurices dans les rapports sociaux, dans le temps et dans l'espace
- D'où la personne parle (écrit)-t-elle? Par exemple, écrit-elle en 1850 ou en 2025? Nous parle-t-elle d'Europe, d'Afrique subsaharienne, d'Amérique du Nord ou du Sud?
- Est-elle noire ou blanche, homme, femme, cisgenre ou trans? Provient-elle d'un milieu riche ou pauvre?
- En répondant à ces différentes questions, vous serez davantage à même de comprendre, voire de critique, les concepts et termes utilisés.
- Par exemple, si je dis que Christophe Colomb a «découvert» l'Amérique, je dévoile mon positionnement de personne blanche d'origine européenne. À l'inverse si je dis que Christophe Colomb a «conquis» l'Amérique, j'adopte le positionnement des autochtones dont les territoires ont été envahis et conquis par les personnes de descendance européenne. Voir Gill, Marie-Andrée (anim.), Gros-Louis, Brad & Lanoie-Brien, Karine. (2020, 19 juin). Découverte. Dans Laissez-nous raconter: L'histoire crochie [Épisode de balado audio]. Radio-Canada.
- Je peux ainsi me demander si l'auteurice a choisi un concept cohérent en regard du projet de transformation sociale porté par le féminisme.
- Réfléchir à votre trajectoire biographique ou celle de l'auteurice
- Il ne suffit pas de positionner la personne autrice, il faut aussi tenir compte de son parcours puisqu'elle est susceptible d'influer sur son positionnement. Certaines expériences comme des rencontres, des ruptures ou tout autre événement marquant, peuvent nous amener à modifier notre analyse d'un problème. Par exemples:
- Par exemple, la maladie pour Audre Lorde a influencé tant son chemin d'écriture que son militantisme (critique de l'esthétisme, de la normalité des corps, inégalités sociales devant la maladie). Ainsi son expérience personnelle n’est pas simplement d’ordre privé mais contient inévitablement, en elle, une dimension politique. Voir, entre autres, Lorde, Audre. (1998). Journal du cancer suivi de Un souffle de lumière. (Traduit par Frédérique Pressman). Mamamélis. Publication originale 1980.
- Autre exemple, Judith Butler n'aura pas pu développer son concept de genre performatif sans ses rencontres intellectuelles avec les thèses de John Langshaw Austin et Jacques Derrida sur la philosophie du langage ou sa volonté partagée de rendre compte de l'hétéronormativé du genre à la suite de Monique Wittig ou Adrienne Rich (Baril, 2005, p. 80).
- Référence complète : Baril, Alexandre. (2005). Judith Butler et le féminisme postmoderne: analyse théorique et conceptuelle d'un courant controversé. [Mémoire de maîtrise, Université de Sherbrooke].
- Relever quelle lecture la personne choisit d'adopter
- Il se peut que je provienne d'un milieu bourgeois, mais qu'en raison de mes choix et de ma trajectoire, j'en vienne à adopter le point de vue du prolétariat. Par conséquent, lorsque des personnes appartiennent à un groupe privilégié, elles ne sont pas nécessairement «condamnées» à adopter une perspective dominante. Nous pouvons choisir d'entendre et de nous ouvrir aux expériences et réalités des personnes qui n'appartiennent pas à ces groupes privilégiés. Mais attention! Il ne s'agit pas ici de parler à leur place. Une bonne façon, par exemple, pourrait être de lire et d'apprendre des analyses produites par des femmes qui ont vécu des expériences de domination ou d'exclusion.
- Pour qui parlons-nous? D'où sont-iels? Comment leur donner la parole? Quelle est l'idée que je veux transmette Voir concept d'allié.e
- Pour paraphraser l'autrice féministe bell hooks (2017), cette démarche vise à resituer l'expérience des personnes marginalisées au centre de l'analyse, en vue de développer une connaissance qui tienne compte des réalités plurielles des femmes.
- hooks, bell. (2017). De la marge au centre - Théorie féministe. (Traduction de l'anglais par Noomi B. Grüsig). Paris: Cambourakis. Publication originale 1984.
1.2 Communication inclusive et féministe
Quelles sont implications linguistiques de travailler sur des enjeux féministes aujourd’hui? Comment utiliser le genre féminin d'une manière non essentialiste? Comment dépasser les règles grammaticales binaires de la langue française pour inclure les personnes non-binaires, queer ou au genre fluide ? Comment rendre le langage neutre sans effacer les inégalités entre les genres?
Pour accéder à quelques ressources et pour vous outiller dans vos choix linguistiques, notamment par la présentation de différentes méthodes et des références pour défendre une approche inclusive du langage académique, consultez: Écritures et communications féministes, inclusives et épicènes.
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